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In Focus

Les jeunes et l'anémie

Juillet 1998

L'anémie affecte deux milliards de personnes dans le monde entier, d'après les estimations, suite essentiellement au manque de fer. Elle touche surtout les femmes.1 Et, pourtant, parmi les adolescents, les taux de prévalence de l'anémie se rapprochent davantage pour les hommes et les femmes dans certaines parties du monde. Dans les pays en développement, il existe une anémie disproportionnée imputable à la pauvreté, à un régime alimentaire inadéquat, à certaines maladies, à la grossesse et à l'allaitement ainsi qu'au manque d'accès aux services de santé. Les jeunes sont particulièrement vulnérables suite à leur croissance rapide et aux besoins de fer connexes.

L'anémie est un grave problème de santé car elle affecte la croissance et le niveau d'énergie. Au moment de la grossesse, elle est associée à des naissances prématurées, à une insuffisance pondérale à la naissance et à une mortalité périnatale et maternelle.

L'adolescence est un moment opportun pour les interventions visant à lutter contre l'anémie. Les filles ont besoin de se constituer de bonnes réserves de fer non seulement pour grandir mais aussi en préparation à la grossesse.2,3 En outre, il est plus facile d'apporter les informations nécessaires par le biais des écoles, activités de loisirs et des mass médias au moment de l'adolescence que plus tard dans la vie.

L'anémie est-elle un grave problème pour les jeunes adultes?

Un pourcentage important d'adolescents dans le monde en développement sont anémiques, d'où des conséquences sanitaires considérables pour ce groupe d'âge.

D'après les estimations, environ 27% des adolescents sont anémiques dans le monde en développement, comparé à 6% dans les pays industrialisés.4 Les chiffres régionaux, bien qu'ils varient d'un pays à l'autre, impliquent les taux de prévalence suivants pour l'anémie :5

 

Les études faites par l'International Center for Research on Women font état de la situation suivante concernant l'anémie des adolescents chez les hommes et les femmes :6

Une enquête faite en 1997 auprès de filles de 12 à 18 ans dans des zones rurales de l'Inde constate un taux de prévalence de l'anémie de 82,9% chez les filles scolarisées et de 92,7% chez les filles qui ne fréquentent pas l'école.7 Dans le cadre d'une enquête initiale faite en Indonésie en octobre 1996, la prévalence moyenne de l'anémie chez les élèves était de 29% pour les filles et 23% pour les garçons.8

Le développement du corps ralentit vers la fin de l'adolescence et, à cette époque, les réserves de fer des garçons augmentent. Par conséquent, les hommes adultes ont généralement de meilleures réserves de fer que les femmes.

L'on connaît bien les conséquences de l'anémie sur les enfants et les adolescents. Chez les enfants, l'anémie affecte généralement la croissance physique et le développement mental. Les autres conséquences, notamment des niveaux moindres d'énergie et de productivité et l'affaiblissement du système immunitaire ne se présentent que plus tard au moment de la maturité.9,10,11 Les garçons et les filles ont besoin de fer pendant la croissance au moment de l'adolescence et les filles ont un besoin continu de fer pour remplacer le fer perdu pendant la menstruation.12,13

Souvent, les filles commencent leurs années fécondes avec des niveaux insuffisants de fer. Un grand nombre de filles dans le monde (au moins 25%) auront leur premier enfant avant l'âge de 19 ans et un bien plus grand nombre encore seront mères peu après cet âge.14 Vu que la grossesse demande plus de fer pour une production accrue de sang, le manque de fer peut entraîner des conséquences négatives pour la mère et l'enfant.15

 

Comment peut-on atteindre les adolescents pour améliorer
leurs réserves de fer?

Le début de l'adolescence est une période d'importance critique pour lutter contre l'anémie tant chez les filles que chez les garçons. Les adolescents peuvent être atteints par le biais d'activités éducatives et sociales. Des structures telles que les écoles et les établissements sanitaires offrent la possibilité d'intégrer l'éducation et les services nutritionnels pour diminuer l'anémie. L'éducation en matière de nutrition est particulièrement importante au vu du manque de connaissance des adolescents concernant l'anémie, le régime alimentaire et la santé en général ainsi que les aliments riches en fer en particulier.21,22 Les canaux pour atteindre les jeunes sont les suivants :

Contextes éducatifs. Les écoles peuvent intégrer l'éducation nutritionnelle à l'éducation à la vie familiale, à l'éducation sanitaire, aux cours de prévention du SIDA, aux activités de formation professionnelle et peuvent également organiser des séances pour les jeunes déscolarisés.

Etablissements sanitaires. Les centres de santé, les cliniques et les hôpitaux peuvent fournir des informations sur la manière d'augmenter les réserves de fer. Ils peuvent également fournir des services pour le dépistage de l'anémie, la réduction des pertes de sang et les apports accrus de fer (voir actions ci-après).

Education communautaire. Les projets d'éducation par les camarades, les séances d'éducation sur les lieux du travail et les activités sociales et de loisirs peuvent intégrer une éducation nutritionnelle à leurs programmes.

Médias et information publique. L'information pratique sur les besoins nutritionnels peut être communiquée aux jeunes par le biais des mass médias (télévision, radio, matériel imprimé, films) ainsi que par les médias traditionnels (pièces de théâtre, sketchs, foires, présentations de marionnettes).

Dans la pratique, on peut fournir une éducation nutritionnelle dans le cadre d'un n'importe quel contexte ou programme qui traite de la santé reproductive ou d'autres questions sanitaires.

Quelles sont les actions qui devraient être prises pour diminuer l'anémie?

L'éducation occupe une place fondamentale dans les projets de réduction de l'anémie car les adolescents connaissent mal ses causes et ses effets nuisibles. Dans le cadre d'une enquête faite auprès d'adolescentes des zones rurales de l'Inde, plus de la moitié des répondantes ne savaient pas que le régime alimentaire était lié à l'anémie et moins de 5% ont mentionné les saignements mensuels excessifs comme une cause d'anémie. De plus, 29% des filles scolarisés et 43% des filles déscolarisés n'étaient pas au courant des conséquences négatives de l'anémie.23

Les actions suivantes en vue de diminuer l'anémie chez les adolescents peuvent être combinées selon les contextes.24

 

Existe-t-il des faits témoignant de la réussite de ces interventions?

Les projets de supplémentation en fer ont été essayés dans plusieurs contextes. Dans le cadre de l'étude métabolique au Guatemala faite par l'International Center for Research on Women, les chercheurs constatent que les niveaux d'hémoglobine augmentent suite à la supplémentation en fer mais chutent lorsqu'un placebo est pris. Cela confirme le résultat indiquant que, si la supplémentation arrive effectivement à améliorer rapidement le statut en fer, il faut par contre des interventions continues pour maintenir cet état amélioré.25 D'autres études/interventions ont obtenu des résultats prometteurs.

Une étude de six mois a été réalisée sous les auspices de MotherCare en Inde utilisant une stratégie de communication nutritionnelle afin d'améliorer les apports alimentaires et de diminuer l'anémie et la malnutrition chez les jeunes adolescentes des écoles. Une évaluation faite une année après l'évaluation indique de nets accroissements dans le rythme de croissance, les niveaux moyens d'hémoglobine, les connaissances relatives à l'anémie et le comportement alimentaire dans le groupe expérimental comparé au groupe témoin.26

Au Pérou, une étude soutenue par MotherCare comparant la prise de suppléments quotidienne et intermittente dans un groupe d'adolescentes montre que la prévalence de l'anémie a nettement régressé grâce aux suppléments quotidiens mais par contre aucune diminution n'a été notée dans le groupe recevant des doses intermittentes (2 jours par semaine).27

Un essai clinique aux Etats-Unis évaluant les effets de la carence en fer sur la fonction cognitive conclut que les adolescentes qui reçoivent des suppléments de fer ont de meilleurs résultats au test d'apprentissage verbal et de mémorisation que le groupe témoin.28

Une enquête faite au Nigéria sur des naissances constate que les adolescentes enceintes qui ont reçu des médicaments antipaludéens et des suppléments de fer et d'acide folique pendant la seconde moitié de la grossesse ont grandi du point de vue taille. Une plus taille plus grande est généralement liée à une incidence moindre de disproportion céphalopelvienne.29,30

Aux Etats-Unis, un groupe d'adolescentes enceintes qui ont reçu des suppléments de calories, de protéines, de vitamines et de minéraux ont mis au monde des nourrissons d'un poids moyen nettement plus élevé qu'un groupe qui n'avait pas reçu de suppléments. Les effets les plus importants étaient observés chez les filles de moins de 16 ans.31

Un projet démarré en 1996 par Helen Keller International en Indonésie évaluera l'impact des diverses stratégies permettant d'améliorer les réserves de fer des filles. Trois interventions indépendantes - supplémentation, approche alimentaire et éducation - seront testées. Le milieu scolaire sera évalué pour voir s'il s'agit d'un canal adéquat pour traiter les problèmes nutritionnels des adolescents.32

MotherCare cherche des manières efficaces d'améliorer les réserves de fer des jeunes en Inde et au Pérou et traite l'anémie dans des groupes d'âge divers d'un grand nombre d'autres pays.33

Références

1 World Health Organization (WHO). 1991. National Strategies for Overcoming Micronutrient Malnutrition.

2 Helen Keller International Girls. 1996. Gizi: Intervensi Kepada Remaja Lokal di Sekolah.

3 Kurz, K.M. 1997. Personal communication.

4 DeMaeyer E, and M. Aaiels-Tegman. 1985. "The Prevalence of Anemia in the World." World Health Statistics Quarterly 38: 302-316. 1985.

5 Ibid.

6 Kurz, K.M., and C. Johnson-Welch. 1994. The Nutrition and Lives of Adolescents in Developing Countries: Findings from the Nutrition of Adolescent Girls Research Program. International Center for Research on Women.

7 Survival for Women and Children (SWACH) Foundation. 1997. Anemia in Pregnant Women and Adolescent Girls in Rural Areas of Haryana, India. Quarterly Progress Report: April to June 1997. Sumitted to MotherCare Project, John Snow, Inc.

8 Helen Keller International, op. cit.

9 Lawless, J.W., M.C. Latham, L.S. Stephenson, et al. 1994. "Iron Supplementation Improves Appetite and Growth in Anemic Kenyan Primary School Children." Journal of Nutrition. 124: 645-654.

10 Levin, H., E. Pollitt, R. Galloway, et al. 1993. "Micronutrient Deficiency Disorders." In Jamison D, H. Mosley, A. Measham, et al, eds., Disease Control Priorities in Developing Countries. New York, Oxford University Press.

11 Pollitt, E. 1987. "Effects of Iron Deficiency on Mental Development: Methodological Considerations and Substantive Findings." In Johnston, F., ed., Nutritional Anthropology. New York, Alan R. Liss.

12 Brabin, L., and B.J. Brabin. 1992. "The Cost of Successful Adolescent Growth and Development in Girls in Relation to Iron and Vitamin A Status." American Journal of Clinical Nutrition 55: 955-958.

13 Kurz et al., op. cit.

14 Senderowitz, J. 1995. Adolescent Health: Reassessing the Passage to Adulthood. World Bank Discussion Paper #272. Washington DC: The World Bank.

15 Kurz et al., op. cit.

16 DeMaeyer et al., op. cit.

17 Ibid.

18 Levin et al., op. cit.

19 Scholl, T.O., and M.L. Hediger. 1994. "Anemia and Iron-Deficiency Anemia: Compilation of Data on Pregnancy Outcome." American Journal of Clinical Nutrition 59 (suppl.): 4925-5015.

20 Levin et al., op. cit.

21 Creed-Kanashiro H, M. Bentley, M. Fukumoto, et al. 1997. "Relationship of Anaemia to Dietary Intake and Feeding Patterns in Women of Fertile Age and Adolescent Girls Participating in Community Kitchens in Peri-Urban Lima, Peru." In Improving the Quality of Iron Supplementation Programs. MotherCare Project/USAID/John Snow, Inc.

  1. in Pregnant Women, Lactating Women and Adolescent Girls in a Rural Community in India." In Improving the Quality of Iron Supplementation Programs.. MotherCare Project/USAID/ John Snow, Inc.
  2. Survival for Women and Children (SWACH) Foundation. 1996. Anemia in Pregnant Women and Adolescent Girls in Rural Areas of Haryana, India. Quarterly Progress Report: October to December 1996. Submitted to MotherCare Project, John Snow, Inc.

24 Kurz, K.M. 1997. Personal communication.

25 Kurz et al, op. cit.

26 Kanini, S., and V. Agarwal. 1997. "Reducing Anemia and Improving Growth in Early Adolescence- Nutrition Education Alone Can Make a Difference." In Improving the Quality of Iron Supplementation Programs. MotherCare Project/USAID/ John Snow, Inc.

27 Zavaleta, N., G. Respicio, and T. Garcia. 1997. "Efficacy of an Intermittent Iron Dose Compared to Daily Iron Supplementation in Adolescent Girls." In Improving the Quality of Iron Supplementation Programs. MotherCare Project/USAID/ John Snow, Inc.

28 Bruner, A.B., A. Joffe, A.K. Duggan, et al. 1996. "Randomised Study of Cognitive Effects of Iron Supplementation in Non-Anaemic Iron-Deficient Adolescent Girls." Lancet 348: 992-961.

29 Harrison, K.A. 1990. "Predicting Trends in Operative Delivery for Cephalopelvic Disproportion in Africa." Lancet 335: 861-862.

30 Harrison, K.A., A.F. Fleming, N.D. Briggs, et al. 1985. "Growth During Pregnancy in Nigerian Primigravidae." British Journal of Obstetrics and Gynecology. 5 (suppl.): 32-39.

31 Rosso, P., and S.A. Lederman. 1982. "Nutrition in the Pregnant Adolescent." In Winick M., ed., Adolescent Nutrition. New York, John Wiley & Sons.

32 Helen Keller International op. cit.

33 MotherCare Project/USAID/John Snow, Inc. July 1997. Improving the Quality of Iron Supplementation Programs.

La série In FOCUS récapitule à l'intention de professionnels travaillant dans des pays en développement des activités de programme et certaines recherches disponibles sur les questions de santé reproductive des jeunes adultes. Ce numéro a été préparé par Judith Senderowitz avec des commentaires du groupe de la rédaction de FOCUS, d'experts de l'extérieur et du personnel du programme FOCUS. L'auteur tient à faire une mention spéciale de Kathleen Kurz de l'International Center for Research on Women (ICRW) pour son assistance à la préparation du présent numéro de In Focus.

La série de publications In Focus est disponible sur le site Web de FOCUS : http://www.pathfind.org/focus.htm

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Un programme de Pathfinder International en collaboration avec le Futures Group International et l'Ecole de Santé publique et de Médecine tropicale de l'Université de Tulane.

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